ĐĎॹá>ţ˙ MOţ˙˙˙L˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙˙ěĽÁ9 đż‡SbjbjýĎýĎ .^ŸĽŸĽmO˙˙˙˙˙˙lüüüüüüü°°°8č ôĺ2"666666dffffff$ 7^Šü66666Šüü66Ÿ6žü6ü6d6dŔÜ :Ü,üüd6 ť˝\°hČ °ô dľ0ĺR•ô(•düüüüŮ Conférence sur Auguste Comte – le 15 février 2007 Dans le cadre des conférences de la Société Historique du 6č arrondissement de Paris Mesdames, Messieurs, Il y a cent cinquante ans cette année, le 4 septembre 1857, mourait ŕ Paris, dans l’indifférence générale, un homme qui avait un peu fait parler de lui. Il avait écrit de gros volumes de philosophie que presque personne n’avait lus. Certains le connaissaient comme un extravagant qui avait fondé une religion, la Religion de l’Humanité, dont il s’était institué le grand-prętre. Il fut enterré quelques jours aprčs au cimetičre du Pčre Lachaise, entouré de quelques disciples. Et pourtant Auguste Comte est incontestablement l’un des philosophes les plus marquants du 19č sičcle, dont l’influence a été déterminante sous la IIIč République, puis contesté et ignoré au 20č sičcle avant que sa philosophie ne soulčve actuellement un intéręt nouveau. Les publications sur le positivisme se multiplient, de nombreux colloques sont organisés par les chercheurs et Auguste Comte figure męme dans les programmes du concours d’agrégation. Au męme titre que le cartésianisme, le positivisme d’Auguste Comte fait effectivement partie de l’héritage culturel de la France. On lui doit par exemple l’invention du terme de sociologie et aussi d’altruisme. Il faut aussi savoir que son influence a été importante dans de nombreux pays. Au Brésil notamment, il est considéré comme l’inspirateur de la république fondée ŕ la fin du 19č sičcle. Et le drapeau brésilien porte la devise d’Auguste Comte Ť Ordem et progresso ť Je voudrais d’abord vous inviter chaleureusement ŕ visiter, si vous ne l’avez jamais fait, le Musée d’Auguste Comte. Vous avez en effet la chance d’avoir dans votre quartier la Maison d’Auguste Comte, au 10 rue Monsieur Le Prince, tout prčs du métro Odéon. Elle compte d’ailleurs parmi les quelques Maisons d’écrivains qui existent ŕ Paris męme, avec le Musée Balzac, rue Raynouard et le Musée Victor Hugo, Place Royale. Aurélia Giusti, la responsable du Musée et du centre de documentation, vous y accueillera sur rendez-vous et le mercredi, c’est une professeure de philosophie, Madame Bordelais, qui en assure bénévolement la visite et accueille des groupes de scolaires. Vous y verrez au 2č étage l’appartement qu’a occupé Auguste Comte pendant 16ans, de 1841 ŕ sa mort en 1857 ; il y a écrit la plupart de ses ouvrages et réuni toutes les semaines ses disciples positivistes. Son appartement a été pieusement conservé et on peut y admirer les papiers peints, identiques ŕ ceux d’origine, considérés par les spécialistes comme les premiers fabriqués en France au XVIIIč sičcle. On peut y voir sa salle ŕ manger, telle qu’elle était, avec la petite balance oů il pesait sa nourriture, les fameuses bibliothčques avec ses ouvrages rangés d’aprčs le classement qu’il avait institué, le salon avec le fauteuil oů s’asseyait Clotilde de Vaux, la salle de cours oů il exposait ses théories et enfin sa chambre oů il mourut en 1857. Cette Maison d’Auguste Comte est classée monument historique depuis 1930 (ŕ l’époque une pétition internationale a évité que la rue Monsieur Le Prince soit élargie, ce qui aurait entraîné la destruction des immeubles). C’est en tout cas un haut-lieu historique. En effet, aprčs la mort de Comte, les exécuteurs testamentaires désignés par lui, ont eu mission de conserver l’appartement sacré, sičge de la Société Positiviste, et destiné ŕ ętre la résidence du futur grand-prętre de la Religion de l’Humanité, que Comte avait fondée. Pierre Laffitte, le successeur de Comte ŕ la tęte du positivisme, avait fait racheter l’immeuble entier, menacé de vente par son propriétaire, en créant une Société Civile Immobiličre. Mais aprčs la mort de Pierre Laffitte, il y eut des dissensions graves dans le mouvement positiviste, tant en France qu’ŕ l’étranger. Les gérants ont eu beaucoup de mal ŕ maintenir en l’état la maison d’Auguste Comte. Les loyers des positivistes qui l’habitaient ne rentraient pas et les locaux, faute d’entretien se trouvaient dans un état lamentable. C’est alors qu’arrive ŕ Paris en 1930 un jeune ingénieur chimiste brésilien, Paulo Carneiro, venu préparer une thčse ŕ l’Institut Pasteur. Elevé par sa famille dans la religion positiviste, il n’eut de cesse de restaurer l’appartement d’Auguste Comte, ainsi que toutes les archives du philosophe, avec l’aide de donateurs brésiliens. Il y passa trente ans de sa vie. Aprčs la guerre, nommé représentant permanent du Brésil ŕ l’UNESCO, il y consacra tous ses temps libres. Il remit en état les manuscrits d’Auguste Comte qu’il fit déposer aux Archives Nationales, publia sa correspondance et surtout mit ŕ la disposition de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, la plus grand partie de l’immeuble. Ainsi le Musée fut sauvé, entičrement restauré. Conformément ŕ sa vocation, l’immeuble fut occupé par des chercheurs en sciences sociales. Raymond Aron y avait son bureau, ainsi que le sociologue AlainTouraine. Paulo Carneiro avait fondé l’Association La Maison d’Auguste Comte, que je préside actuellement, et qui a la charge de gérer cet immeuble, le Musée et un important centre d’archives positivistes. Les membres de l’Association sont essentiellement des chercheurs du monde entier, italiens, hongrois, américains, japonais, anglais et brésiliens. Elle organise des colloques, finance des publications, attribue des bourses de recherche. Mais il est temps de parler d’Auguste Comte, Il est né ŕ Montpellier en 1798. Son pčre était receveur principal ŕ la Trésorerie de l’Hérault. Il n’a jamais eu beaucoup d’estime pour son pčre, en qui il voyait un petit bourgeois fonctionnaire, prčs de ses sous. Sa mčre était une forte femme, catholique fervente et passablement exaltée. Il entra comme boursier ŕ l’internat du lycée de Montpellier, oů il fut un élčve brillant. Mais dans ces premiers lycées napoléoniens ŕ la dure discipline militaire, il développa un esprit rebelle et fit profession ŕ 14 ans d’incroyance religieuse. A 16 ans il fut reçu au concours de Polytechnique ; il quitta Montpellier pour Paris en 1814 et ne revint dans sa famille que deux ou trois fois. Il faut parler de l’Ecole polytechnique, qui tiendra une trčs grande place dans sa vie : Ť le positivisme c’est la Révolution plus l’Ecole polytechnique ť , a-t-on pu écrire. D’abord Polytechnique, c’est la fréquentation des professeurs, parmi les plus grands savants du monde : le physicien Ampčre, le chimiste Gay-Lussac, l’astronome Arago, les mathématiciens Poinsot et Cauchy, mais aussi les physiciens Dulong et Petit, le grand chimiste Thenard. Pour lui, cet enseignement scientifique et encyclopédique, c’est celui de la meilleure école du monde. Il se voit déjŕ, comme eux, futur professeur, parmi les grands savants. En tout cas il est dans son élément, parmi les tout premiers élčves. Il sera d’ailleurs un authentique mathématicien et un excellent professeur, aux idées pédagogiques originales. Mais cette Ecole est aussi un foyer républicain. Auguste Comte est parmi ceux qui manifestent sous le rčgne des Bourbons. En 1816, ŕ la suite d’un chahut, tous les élčves sont renvoyés. Sa carričre publique est définitivement compromise. Il ne cessera par la suite de briguer une chaire de professeur ŕ l’Ecole, mais il ne sera que modeste répétiteur, puis examinateur du concours d’admission. Ses démęlés avec les savants de l’Académie des Sciences et du Conseil de Polytechnique nourriront sa rancune contre les institutions savantes. Auguste Comte, seul ŕ Paris ŕ l’âge de 18 ans, va tenter de vivre en donnant des leçons particuličres, quand il fait la connaissance de Saint Simon qui le prend comme secrétaire. Il collabore pendant prčs de 7 ans, aux différentes revues de Saint Simon, ce grand agitateur d’idées, qui l’initie ŕ la philosophie politique, ŕ l’économie et surtout aux questions sociales posées par le développement de l’industrie. En 1822, il a 24 ans quand il écrit un remarquable Opuscule, intitulé Plan des travaux scientifiques nécessaires pour organiser la société. Non seulement il décrit l’état de la société ŕ la suite de la Révolution en termes saisissants, mais il indique précisément ce qu’il faut faire pour la reconstruction sociale , ŕ partir du socle scientifique, la seule base qui lui paraisse solide. Et le programme qu’il s’est donné ŕ l’âge de 24 ans, il l’assurera ponctuellement pendant les 35 ans de sa vie ultérieure. Il va vivre ensuite quelques années difficiles de 1824 ŕ 1830. Il est brouillé avec Saint Simon, il vit difficilement de leçons particuličres et il a du mal ŕ concrétiser ses travaux philosophiques et politiques. Mais il se sait investi d’une grande mission : fonder une nouvelle philosophie, adaptée aux temps modernes, étape nécessaire avant de reconstruire la société. A cette époque il lit beaucoup, étudie l’histoire, suit les cours d’astronomie, découvre la biologie avec Blainville, un savant ami de Saint Simon. En 1826 il décide finalement d’ouvrir un cours oral de philosophie positive, auquel il convie les plus grands savants. Mais il est saisi d’une crise de folie, due ŕ sa surcharge nerveuse et ŕ ses conflits conjugaux. Il est interné dans la clinique du célčbre docteur Esquirol pendant 8 mois et, grâce ŕ son épouse, il va guérir et reprendre ses travaux au bout de deux ans. Puis de 1830 ŕ 1842, pendant douze ans, il se consacre ŕ l’écriture de sa premičre grande œuvre, le Cours de philosophie positive en six volumes qui va lui demander un travail considérable. Sur quoi est basée la philosophie positive, qu’il a construite comme un systčme complet de pensée ? La société française, comme les autres sociétés européennes, est en pleine anarchie mentale et sociale, depuis que la base du régime ancien, le systčme monarchique et théocratique, s’est écroulée et que les idées philosophiques qui ont fait la Révolution ont tout détruit mais se sont avérées incapables de construire une organisation de la société. C’est lŕ qu’il découvre la fameuse loi des trois états : l’humanité est passée par trois états successifs, l’état théologique qui rattache tous les phénomčnes ŕ des actions surnaturelles, l’état métaphysique qui rattache les phénomčnes ŕ des entités abstraites, (comme la Nature) et enfin l’état ultime, l’état positif, oů les phénomčnes observés sont rattachés ŕ des lois scientifiques qui permettent de les prévoir. Il montre ensuite comment les différentes branches de la connaissance sont arrivées progressivement ŕ l’état positif : l’astronomie d’abord, issue de l’astrologie ; la physique et la chimie issue de l’alchimie ; la biologie, plus récemment, issue de la médecine et de l’étude des animaux. Il y a toute une hiérarchie, des sciences les plus simples aux plus complexes. On approche alors des sciences de l’homme, mais il manque la derničre science qu’il nomme sociologie, qui étudie l’évolution de l’esprit humain, dont le développement se perçoit dans l’histoire de l’humanité. La façon dont les hommes se comportent en société est régie par des lois scientifiques, comme les phénomčnes physiques ou chimiques. Ainsi vont se rejoindre la philosophie et la science. La science, qui ne s’intéressait qu’aux phénomčnes physiques est enfin concernée par les phénomčnes humains et sociaux et la philosophie va pouvoir s’appuyer sur des bases scientifiques et non sur des théories abstraites sans fondement rationnel. La philosophie positive permettra d’inspirer la construction de la société future, garantissant ŕ la fois l’ordre et le progrčs. Cet énorme ouvrage, publié de 1830 ŕ 1842, n’aura pas d’échos en France, mais enthousiasmera le philosophe anglais Stuart Mill qui le fera connaître en Angleterre. En France, il faudra attendre 1844 et les articles fameux de Littré dans Le National. Nous arrivons maintenant ŕ ce que Comte appelle sa deuxičme carričre, qui coďncide ŕ peu prčs avec son installation rue Monsieur le Prince dans les années 1842-1844. Il faut bien voir qu’ŕ cette époque, il va traverser une véritable crise. D’abord il a déclaré la guerre aux savants et aux institutions académiques, furieux d’avoir été écarté de la chaire de professeur ŕ l’Ecole polytechnique. Il a publié une préface de son sixičme volume oů il s’en prend avec virulence ŕ l’Académie des sciences et ŕ son secrétaire perpétuel, Arago. En fait il comptait sur l’ appui des scientifiques et des savants pour faire triompher la philosophie positive. Ils devaient d’ailleurs constituer le Ť pouvoir spirituel ť de la société future. Mais les savants ne pensent qu’ ŕ défendre leurs privilčges et leurs prés carrés. Désormais c’est sur le peuple des prolétaires qu’ il va compter. Il faut savoir que depuis 1832, il professe tous les dimanches aprčs-midi dans la salle de la mairie du 3č arrondissement un cours d’astronomie populaire. Ce cours, qui rencontre un vrai succčs, est l’occasion pour introduire son public ŕ la philosophie positive. Parmi les auditeurs, plusieurs artisans et ouvriers deviendront des disciples fidčles. Mais, pour l’instant, sa guerre contre l’Académie des sciences lui fait perdre son poste d’examinateur ŕ Polytechnique. Il est désormais dans une situation financičre précaire et ne vivra que de subsides de ses amis et disciples. En męme temps il se sépare de son épouse Caroline, avec qui il est marié depuis 17 ans. Je ne vous raconterai pas l’histoire de Caroline, mais c’est une histoire dramatique peu connue. Ceux que cela intéresse pourront la lire dans la correspondance inédite que nous venons de publier. Il faut seulement savoir que Comte avait une vision trčs rétrograde du rôle de la femme, en se basant sur la théorie biologique de l’infériorité de la femme et donc de sa nécessaire subordination. Caroline, femme du peuple, remarquablement intelligente, aimait et admirait son génial mari, mais n’acceptait pas la façon dont il la traitait. De conflit en conflit, de scčne de ménage en scčne de ménage, la séparation était inévitable. Vous le verrez dans cette correspondance dramatique. En tout cas Comte s’acharna par la suite ŕ faire de Caroline Ť l’indigne épouse ť qui a fait le malheur de sa vie, ce que tous ses disciples et biographes successifs ont continué ŕ répéter. En fait il ne cessera d’opposer Caroline ŕ une autre femme, Clotilde de Vaux, dont il a fait la connaissance en 1844. Cette jeune femme , qui a dix-sept ans de moins que lui, est la sœur d’un ancien élčve, séparée elle aussi de son mari, avec qui va se former une liaison amoureuse. Cette liaison, d’ailleurs restée platonique, n’aurait rien d’exceptionnel pour un homme frustré qui n’avait jamais connu l’amour. Mais Comte en fut transformé, cet esprit purement rationnel et intellectuel, découvre l’importance des sentiments et du cœur humain : Ť On ne peut pas toujours penser, mais on peut toujours aimer ť dira-t-il ŕ Clotilde de Vaux. En fait l’idylle dura ŕ peine un an, d’avril 1845 ŕ avril 1846, car elle mourut dans ses bras de tuberculose. Comte va alors lui vouer un véritable culte mystique, dans le souvenir de cette femme idéalisée, lui consacrant chaque jour des pričres et lui adressant des lettres oů il lui expose sa vie. Tout cela est d’ailleurs exposé au grand public, suivant sa devise personnelle : Ť vivre au grand jour ť. Ce qui est sűr, c’est que l’amour qu’il a ressenti pour Clotilde de Vaux agit sur lui comme une révélation qui l’amčnera ŕ fonder la religion de l’Humanité. Quand il a rencontré Clotilde, il préparait son deuxičme grand ouvrage, un traité de sociologie, qui devait donner les fondements de la société future. Il avait, depuis le début, la conviction que la religion était nécessaire ŕ l’harmonie sociale , en assurant les bases d’une morale commune. Mais il concevait une religion sans Dieu, qui ne relevait pour lui que d’une tradition dépassée, entretenue par la classe théologique. Pour lui le seul Etre qui transcende les hommes, qui les relie au-delŕ de la mort, c’est l’Humanité, celle qui rassemble tous les hommes depuis l’origine des temps, guidée par les grands hommes qui ont jalonné sa progression. Elle est le grand Etre qui nous transcende et nous donne un idéal d’accomplissement. Mais la révélation qu’il a eue avec Clotilde de Vaux, c’est que l’Amour peut seul guider l’humanité, et la formule sacrée du positivisme est devenue : Ť L’Amour pour principe et l’Ordre pour base , le Progrčs pour but ť. Il ne renonce pas en effet ŕ l’idée du progrčs pour la société. En 1848, dčs le début de la révolution, il fait une proclamation au peuple pour lui proposer de l’aider ŕ s’instruire. Il crée la société positiviste pour étudier avec ses disciples les questions sociales et politiques. Mais il a horreur de l’anarchie, il s’oppose aux idées révolutionnaires, il est hostile au régime parlementaire qui entretient l’anarchie. Il publie un Appel aux conservateurs, il ira męme jusqu’ŕ ŕ approuver le coup d’état de Napoléon III en 1851, ce qui provoquera la rupture définitive avec Littré. En męme temps, il proclame la Religion finale et au printemps 1849, il considčre que l’Eglise universelle est instituée. Elle est basée sur un culte des morts articulé sur un systčme complet de commémoration occidentale. Neuf sacrements sociaux sont institués. Il publie de 1851 ŕ 1854 son fameux Traité de sociologie , Instituant la religion de l’Humanité . Le philosophe Gouhier le comparait ŕ une sorte de Coran, fixant des dogmes, un véritable code de morale, de droit canon, d’administration, de pédagogie et męme d’esthétique. Finalement il s’institue le grand-prętre de l’Humanité et écrit un catéchisme positiviste. Jusqu’au bout il recevra ses disciples rue Monsieur le Prince ainsi que de nombreux visiteurs et il écrit ŕ des correspondants du monde entier. Il s’éteint paisiblement le 4 septembre 1857 en laissant un testament ŕ ses douze exécuteurs testamentaires. Trčs vite se produira une scission parmi les disciples du positivisme : d’une part ceux, comme Littré, qui ne retiendront du positivisme que la philosophie positive de la premičre période de Comte et d’autre part, ceux qui resteront fidčles au positivisme religieux, qu’on trouvera surtout en Angleterre et en Amérique du Sud . L’église positiviste du Brésil restera longtemps active ; elle a encore actuellement quelques adeptes et la chapelle de l’Humanité ŕ Rio de Janeiro voit célébrer le culte devant l’image de Clotilde de Vaux. On peut voir ŕ Paris 5 rue Payenne la chapelle de l’Humanité que l’église positiviste du Brésil a aménagée au début du 20č sičcle. Auguste est mort il y a 150 ans. En quoi peut-il intéresser les chercheurs, les philosophes ou męme les citoyens en 2007 ?Je donnerais trois réponses. - La premičre, c’est qu’il témoigne extraordinairement des grands mouvements d’idées qui ont agité le 19č sičcle: la conviction de l’énorme puissance de la science, la croyance dans la marche irréversible vers le progrčs de l’humanité, la recherche d’une nouvelle harmonie sociale au moment oů émerge le développement industriel. - La deuxičme, c’est la découverte d’un penseur impressionnant, qui a étonné des hommes comme Bachelard ou Michel Serres, par sa construction d’un systčme cohérent de l’ensemble des connaissances. On peut lui reprocher, ses erreurs et ses aveuglements dans certaines conceptions scientifiques, mais on doit lui reconnaître d’avoir été parmi les premiers ŕ percevoir l’émergence de la biologie et des sciences sociales et leurs conséquences pour la société. - La troisičme, c’est de trouver chez ce penseur politique, contesté et contestable quelques intuitions remarquables : les méfaits du colonialisme, la nécessité de la séparation de l’Eglise et de l’ Etat , l’immanquable unité européenne. Je dirai męme que les questions qu’il pose sur la place de la religion et de la morale dans la société ne sont pas inintéressantes. M. Allčgre, quand il était ministre de l’Education nationale, a voulu faire enlever la statue d’Auguste Comte érigée en 1902 devant la Sorbonne. J’espčre que vous pensez comme moi que ce serait une profonde injustice. On lui a refusé de son vivant l’Académie des sciences, la chaire de l’Ecole polytechnique et celle du Collčge de France. On peut bien lui laisser la place de la Sorbonne. Bruno Gentil Président de l’Association internationale La Maison d’Auguste Comte PAGE  PAGE 1  PĽ÷ ! - 6 k  ‹ Œ La˝ŐzŞĘăG#O#Z#Ÿ#ô()4+G+}.‡.22 BBTB\BîBňBŇDĺDÄEŰExF‡FŻFĂFšGžG{K‘KLLSSmSnStSuSvSxSySS€SS‚SƒS†S‡SůďăůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮůŮŇĎŇĎŇĎŇÇŇĎŮ0JmHnHu0J j0JU6OJQJ]^J5CJOJQJ\^J5OJQJ\^J OJQJ^JD)PĽŚź˝@ ×RS3u!%‘(y/!2"23Ő7™;°?DZFÇIbLcLýýýýřřřďďřřřřřďďďďďďďďďďďďď$„Ä`„Äa$$a$mS†SţţcLúLDN PQSSSSSMSmSvSwSxSƒS„S…S†S‡SööööńńńńńńäŰŐÓŰŐÓÓä„h]„h„ř˙„&`#$ $„Ä„Ä^„Ä`„Äa$$a$$„Ä`„Äa$,1h°‚. °ĆA!°‰"°‰#‰$‰%°°Ä°Ä Ä i8@ń˙8 NormalCJ_HaJmH sH tH 2A@ň˙Ą2 Police par défaut.@ň. 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