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Brésil

Les premiers cheminements du positivisme au Brésil sont assez énigmatiques : dès le début des années 1850, un courant d’infiltration positiviste apparaît dans des ouvrages mathématiques et dans les thèses scientifiques présentées à l’ École Militaire de Rio. Un groupe de jeunes positivistes brésiliens étudiant à Bruxelles, dans les années 1860, aurait, en outre, été lié au groupe de la Rue Monsieur Le Prince. En rentrant au pays, ils auraient ramené les œuvres de Comte et des idées qu’ils auraient transcrites dans leurs propres travaux. L’ École militaire de Rio s’avère avoir été un lieu fort de pénétration des idées positivistes au Brésil. Le rôle de Nisia Floresta Brasilera, une des rares femmes positivistes, qui aurait suivi l’enseignement de Comte et a correspondu avec lui, a probablement son importance. Elle fut l’une des premières féministes de son pays, aida à la diffusion du positivisme et à l’abolition de l’esclavage au Brésil.

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Benjamin Constant-Meghaeles

Les positivistes brésiliens célèbres sont Benjamin Constant Meghaeles, Miguel Lemos, fondateur du temple positiviste de Rio et Raymundo Teixeira Mendes, tous élèves de l’ École de Rio, devenue Polytechnique. Il existe à Rio un Temple de l’Humanité, où des messes positivistes sont toujours données et où sont rappelées les valeurs humanistes enseignées par le positivisme. C’est de l’influence des théories de Comte que le Brésil a tiré sa devise nationale « Ordem et progresso » (ordre et progrès). Cette devise orne toujours le drapeau du pays. Elle est présente depuis 1889, date de mise en place de la République. Celle-ci vit le jour grâce notamment à Benjamin Constant qui eut un rôle déterminant : officier et professeur de mathématiques, il jouissait d’un grand prestige dans l’armée brésilienne. Il fut un lecteur assidu du Cours et devint positiviste.

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R. Teixeira-Mendes

Même éloigné de la politique de son pays, il prenait parti, notamment contre l’esclavage et pour la République. Il était très écouté et joua un rôle non négligeable dans les transformations politiques qu’allait connaître le Brésil en 1889. Une église positiviste fut crée par Lemos et Teixera-Mendes en 1881 et le temple de l’humanité érigé en 1891. Voulant rendre hommage à la déesse mère de l’humanité, Texeira-Mendes acheta l’immeuble dans lequel Clotilde habita rue Payenne, à Paris, et fit construire la chapelle de l’humanité, en 1903.
Le gouverneur de l’État de Rio Grande do Sul, Julio Prates de Castilhos, édifia la Constitution de cette région du Brésil d’après les idées positivistes, seul exemple connu de réalisation concrète inspirée de la philosophie de Comte.
En 2001, lors d’un discours à l’Assemblée Nationale, le président brésilien Henrique Cardoso rappelait le rôle important joué par le positivisme dans son pays : "En 1889, nous avons choisi la République, avec une devise positiviste. Notre référence était Auguste Comte, adapté à nos circonstances. Au Brésil, le positivisme a été l’emblème du progrès matériel, bien que sous la façade conservatrice de l’ordre." Une preuve de plus de l’implantation très forte du positivisme au Brésil.

-* Pour aller plus loin :
Paul Arbousse-Bastide, Le positivisme politique et religieux au Brésil, Turnhout, Ed. Brepols, 2010, 520 p.

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